Rebiya Kadeer est le symbole de la résistance ouïghoure en Chine
Photo : A.Bogaert/Metro

Rebiya Kadeer, 61 ans, a été emprionnée entre 1999 et 2005 pour avoir revendiqué les droits de son peuple Ouïghour, musulman turcophone, dans la région autonome du Xinjiang en Chine.
Avez-vous des nouvelles de vos deux fils incarcérés ?
Aucune. Ils sont en prison uniquement parce qu’ils sont mes fils. Je demande aux autorités françaises de faire pression sur la Chine pour qu’elle libère mes enfants et tous les Ouighours incarcérés pour raisons politiques. L’un de mes fils est peut-être déjà mort sous la torture. J’ai trois autres enfants et neuf petits-enfants. Tous sont menacés. Je suis une mère inquiète pour mes enfants et pour mon peuple opprimé, qui me reconnait comme sa porte-parole.
94 Ouighours ont été arrêtés mercredi par les autorités chinoises. Depuis les troubles d’Urumqi, en juillet, comment vit la population ?
Depuis le 5 juillet les Ouighours vivent dans la peur. Ils n’ont plus aucune liberté de parole, ils ont même peur de sortir de chez eux pour faire leurs courses. Ils sont isolés : le téléphone et l’accès à Internet ont été coupés, 1 500 sites web ont été fermés et leurs créateurs arrêtés. Des centaines de jeunes Ouighours disparaissent dont on n’a plus de traces…
Comment expliquer cette répression des Hans (ethnie majoritaire en Chine) à l’égard des Ouighours ?
En 1955, les Chinois ont accordé son autonomie à notre région, le Xinjiang. Mais cette autonomie n’existe que sur le papier, elle n’a jamais été traduite dans les faits. Notre région est la plus riche de Chine : les sols regorgent de gaz et d’uranium. Malgré cela, la grande majorité des Ouighours, qui ne ressemblent pas aux Hans physiquement, sont indigents.
Ce sont les Chinois qui possèdent les terres. Pendant des années nous avons essayé de cohabiter pacifiquement avec eux mais le gouvernement central de Chine ne nous laisse pas d’autres choix que l’assimilation forcée ou l’extermination systématique. Notre situation est proche de celle des Tibétains.
Comment se traduit cette hégémonie chinoise que vous dénoncez ?
En 1949, les Hans ne représentaient que 6% de la population du Xinjiang. En 2000, ils composaient 40% de la population et je suis persuadée qu’aujourd’hui ils sont majoritaires, mais que le gouvernement central truque les statistiques pour que cela ne se sache pas. Ces colons possèdent tous les privilèges et les droits. Ce sont eux qui ont accès aux meilleurs postes, aux meilleurs logements.
Ils ne s’installent pas chez nous pour cohabiter avec nous mais pour nous prendre tous nos biens pour, à terme, se débarrasser de nous. Tous les moyens sont bons pour nous persécuter. Le gouvernement utilise même notre foi – nous sommes musulmans – contre nous. Depuis le 9 septembre 2001, nous sommes assimilés à des terroristes et quand un Ouighour est arrêté, il est systématiquement torturé pour avouer des méfaits qu’il n’a pas commis.
Votre peuple craint de perdre son identité. Pourquoi ?
Il est inscrit dans la loi chinoise que, dans une région autonome, la langue régionale a le même statut que la langue chinoise officielle, que les peuples indigènes ont le droit de développer leur culture et de pratiquer leur langue et que les colons doivent rester minoritaires. Mais les enfants n’ont plus le droit de parler ni d’apprendre le ouighour (langue turque, ndlr) à l’école depuis 2003.
Les Ouighours sont soumis au « hashar », le travail forcé. Chaque année, pendant les trois mois d’hiver, les fermiers doivent abandonner leur exploitation pour effectuer des travaux d’irrigation ou de construction pour l’armée chinoise, très implantée au Xinjiang. Ils ne sont ni payés, ni logés, ni nourris. On ne demande jamais aux Hans de faire le « hashar ». Même les étudiants et les élèves doivent travailler dans les fermes militaires, sous peine d’être jeté de l’école. Depuis 2006, 400 000 jeunes ouighoures célibataires de 14 à 25 ans ont été transférées de force vers les provinces de l’Est de la Chine où elles travaillent dans des « sweat shops ».
Les émeutes du 5 juillet sont en lien direct avec cette politique d’éloignement : des Hans ont tué plusieurs de ces jeunes femmes transférées et les Ouighours ont réagi en manifestant, ce qui a entrainé la sévère répression que l’on sait. Depuis, la haine entre les peuples est montée d’un cran.
Que peut faire le gouvernement du Xinjiang pour changer cette situation ?
Seul le président du gouvernement est ouighour – les autres sont tous chinois- , et c’est une marionnette à la solde du pouvoir chinois central.
Que demandez-vous ?
Que les Chinois respectent notre autonomie et nos droits, qu’ils cessent les arrestations et les exécutions arbitraires, qu’ils créent les conditions pour que les Ouighours et les Chinois vivent en paix. C’est pour avoir exigé cela que j’ai été emprisonnée entre 1999 et 2005. Depuis quatre ans, j’essaie de sensibiliser l’opinion internationale à notre cause mais, parce que nous sommes un peuple musulman, beaucoup de pays nous regardent avec méfiance. Je demande d’ailleurs à la France qu’elle fasse pression sur la Chine en faveur des droits des Ouighours.
source: http://www.metrofrance.com/info/rebiya- ... 6vqXshlt6/
